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Monday, March 31, 2014

Parachat Métsora – Prendre un nouveau départ

La paracha de cette semaine nous décrit le processus de purification que doit suivre une personne atteinte de la lèpre. L’une des étapes principales est la tevila (l’immersion) dans un mikvé. Le Séfer Ha’Hinoukh propose une raison qui expliquerait pourquoi la tevila fait partie du processus de techouva que doit entreprendre le lépreux. Il explique qu’avant la création de l’homme, le monde était recouvert d’eau ; l’immersion symbolise donc un retour au commencement du monde. Le fait de se tremper dans l’eau montre que l’on désire laisser les avérot (fautes) commises derrière nous et prendre un nouveau départ. Lorsque quelqu’un faute, puis avoue avoir trébuché, il risque d’être tourmenté par un sentiment de culpabilité et de se sentir déprimé. Il peut bien sûr réagir positivement et être motivé à ne plus transgresser un tel interdit à l’avenir, mais les conséquences sont plus souvent néfastes, étant donné le risque de s’enfermer dans un cercle vicieux menant à un naufrage spirituel. Lorsqu’une personne est déprimée à cause de ce qu’elle a fait, elle peut en être décontenancée et n’avoir plus la force de continuer à servir Hachem comme avant. Les « retombées » de la faute peuvent donc être bien plus préjudiciables que la faute elle-même. L’immersion dans un mikvé après une faute représente le refus de se laisser acculer par les erreurs passées. Le rav ‘Haïm Chmoulevitz zatsal rapporte plusieurs exemples de personnages bibliques qui ont fauté ou trébuché dans un domaine, et qui subirent d’importants dégâts spirituels. Prenons l’exemple de Orpa, la belle fille de Naomi . Lorsque cette dernière revint en Erets Israël, Ruth et Orpa étaient déterminées à rester avec elle et à se convertir au judaïsme. Orpa était alors au même niveau spirituel que la vertueuse Ruth, tout autant décidée à quitter sa patrie afin de se joindre au peuple juif. Or, quand Naomi les supplia de repartir, Orpa ne put surmonter cette épreuve, renonça et retourna à Moav. L’effet escompté de ce petit « écart » aurait été que Orpa maintienne un haut niveau spirituel, bien que plus bas que celui de Ruth. Or ‘Hazal nous informent que pendant la nuit qui suivit sa séparation de Naomi, elle se livra à la débauche . Comment est-ce possible de dégringoler si dramatiquement en une nuit ? Le rav Chmoulevitz explique qu’en réalisant son échec à rejoindre le peuple juif, elle ne parvint pas à l’ignorer et à se ressaisir. Son incapacité à relever le défi l’affecta énormément et elle succomba au yétser hara. Rav Chmoulevitz rapporte un autre exemple de la Bible, dans lequel un illustre personnage ne parvint pas à surmonter une épreuve et comprit qu’il risquait de tomber dans le piège du yétser hara. Le prophète Chemouel ordonna au roi Chaoul d’anéantir tout le peuple d’Amalek, mais Chaoul laissa la vie sauve à quelques animaux ainsi qu’au roi d’Amalek, Agag. Chemouel vint le voir et lui annonça qu’il allait être déchu de son titre de roi à cause de sa désobéissance. Ne réussissant pas à s’innocenter, Chaoul avoua sa culpabilité, et fit alors une demande surprenante à Chemouel. « S'il te plaît, honore-moi à présent devant les Sages de mon peuple et devant le peuple d’Israël… » Quel était le but de cette requête, est-ce possible que Chaoul ait voulu s’enorgueillir ? Par ailleurs, Chemouel exauça ce souhait, ce qui prouve sa justesse. Rav Chmoulevitz explique que Chaoul ne recherchait pas les honneurs ; en réalité, il se savait en danger et il comprit qu’il lui fallait se renforcer immédiatement pour que la faute n’ait pas une conséquence défavorable sur lui. C’est pourquoi, à la suite de cette grave faute, il demanda à Chemouel de l’honorer, et de l’aider ainsi à garder un certain équilibre et à prendre un nouveau départ . Apparemment, malgré son mécontentement à l’égard de Chaoul, Chemouel consentit à répondre à cette demande, car il était conscient de son importance. Nous apprenons également des actions de Chaoul comment éviter qu’un échec ait des incidences désastreuses. Quand quelqu’un trébuche, il risque de ne pas avoir le moral et de perdre tout respect de soi. Il peut penser qu’il ne vaut rien, baisser les bras et se laisser aller complètement. Pour éviter cela, il lui faut garder une image de soi positive, même après l’échec et admettre que malgré l’erreur commise, il peut faire techouva et « repartir à zéro ». Le roi Chelomo évoque ce principe dans Michlé (Livre des Proverbes) quand il écrit : « Un tsadik tombe sept fois et se relève ». Le Malbim ainsi que Metsoudot David expliquent que malgré les échecs du tsadik, il se relève. En réalité, ce qui rend l’individu « tsadik », c’est en grande partie sa capacité à se ressaisir après un revers ou une erreur. La tevila du lépreux nous enseigne la même leçon – bien qu’il ait fauté, il n’est pas condamné à un tiraillement perpétuel. S’il parvient à laisser le passé derrière lui, il pourra prendre un nouveau départ.

Wednesday, March 12, 2014

Parachat Tsav – La grandeur et l’humilité de l’homme

La paracha de cette semaine commence par la mitsva de teroumat hadechen, qui enjoint au Cohen de retirer les cendres de l’offrande de la veille. Rabbénou Be’hayé écrit que cette mitsva nous montre la modestie dont il faut faire preuve vis-à-vis d’Hachem, car le Cohen doit se « rabaisser » et accomplir un acte apparemment avilissant . Le Kli Yakar ajoute que les cendres doivent rappeler au Cohen qu’Avraham Avinou reconnut que l’homme provenait de « afar vaéfer – poussière et cendres » . Il existe d’autres maamaré ‘Hazal (adages de nos Sages) qui soulignent l’importance d’admettre la petitesse de l’homme. Deux exemples peuvent être pris des Pirké Avot : « Sache d’où tu viens et où tu vas… D’où viens-tu ? D’une goutte répugnante. Et où vas-tu ? Vers un endroit poussiéreux, fourmillé de vers et de larves ». « Rabbi Lévitas, homme de Yavné dit : "Sois extrêmement humble, car les espoirs de l’homme ne sont que vermine". » Pourtant, d’autres préceptes de nos Sages semblent évoquer la grandeur inhérente à l’homme. La guemara dans Sanhédrin affirme que « Celui qui élimine une âme juive, la Thora considère qu’il a détruit tout un monde ; et celui qui sauve une âme juive est considéré par la Thora comme ayant sauvé tout un monde. » Dans les Pirké Avot, Rabbi Akiva dit : « L’homme est unique, parce qu’il a été créé à l’image [de D.]. » D’après une analyse superficielle, on peut relever une contradiction entre ces différents maamaré ‘Hazal concernant le niveau de l’homme. Mais en réalité, il n’y a aucune antinomie ; ces adages font référence à deux approches différentes quant au statut de l’homme. L’une d’elles consiste à se focaliser sur le corps humain, caractérisé par ses désirs physiques, et l’autre met l’accent sur l’âme de l’individu, qui est d’une grandeur hors pair. Pour justifier cette explication, approfondissons les sources citées précédemment. La teroumat hadechen était censée rappeler au Cohen la fugacité du corps humain ; à sa mort, il sera afar vaéfer. Mais cette mitsva ne se rapporte pas à l’âme. La michna dans Avot qui exhorte l’homme à être extrêmement humble se concentre également sur son corps. Elle emploie le terme « énoch », plutôt qu’une appellation plus courante comme « ich », ou « adam ». C’est parce que le mot « énoch » connote la bassesse de l’homme, ses désirs physiques. La michna nous dit qu’une personne ne doit pas trop s’enorgueillir de ses exploits physiques, car ils ne durent pas, comme toute chose matérielle. La michna ne dit pas qu’un homme doit se dévaloriser et se rabaisser, mais plutôt que ses réalisations physiques n’ont pas de valeur intrinsèque. La même idée s’applique à la michna qui nous demande de nous souvenir que nous provenons d’une goutte dégoûtante et que nous nous dirigeons vers la vermine. Elle fait référence à la nature éphémère du corps humain, mais ne parle absolument pas de son âme. Par contre, la guemara dans Sanhédrin qui souligne la grandeur propre à chaque individu se concentre sur la noblesse spirituelle de chacun. La michna de Avot affirme explicitement que la singularité de l’homme résulte de sa création à l’image de D., et fait référence à la néchama la personne. Il n’y a donc aucune ma’hloket (contradiction) ; certaines fois, ‘Hazal mettent l’accent sur la nécessité de considérer la bassesse du corps humain et parfois, ils soulignent l’importance de reconnaître la noblesse de l’âme de la personne. Rav Wolbe zatsal note que de nombreuses personnes remarquent une contradiction quant au statut de l’homme ; tantôt il est insignifiant et tantôt, il est noble. Il rejette fortement cette pensée, et écrit que les deux situations sont justes, et qu’il faut parfois se concentrer sur la bassesse du corps humain, et à d’autres occasions, se concentrer plutôt sur la grandeur de l’âme de l’individu . Il paraît toutefois risqué de souligner l’humilité de la personne sans lui faire apprécier sa dignité inhérente. Si quelqu’un n’a pas une bonne image de soi, le fait de se focaliser sur sa petitesse peut avoir des conséquences dangereuses. Au lieu de comprendre qu’il ne doit pas se vanter de ses réalisations physiques, il risque de remettre en question sa valeur spirituelle. Seule une personne qui est consciente de sa noblesse peut accepter un moussar rigoureux quant à la petitesse de son corps. L’un des corollaires à mettre l’accent sur la petitesse de l’homme est la midat hadin au travers de laquelle un professeur ou un parent se concentre sur les points négatifs de l’élève ou de l’enfant. Plusieurs éducateurs contemporains notent que dans les générations précédentes, les gens avaient une image de soi plus positive et cette approche sévère pouvait être utilisée sans craindre de trop gros dégâts. Mais, de nos jours, un traitement trop dur peut causer beaucoup de tort à l’enfant, lui faisant croire qu’il ne vaut rien. C’est l’une des raisons les plus fréquentes des jeunes qui quittent le chemin de la Thora, à la recherche d’épanouissement et de confiance en soi. Par ailleurs, même si l’on estime que l’élève ou l’enfant peut supporter une approche plus stricte, il convient de se souvenir de la guemara dans Sota qui nous enjoint : « La main gauche doit toujours repousser et la main droite doit toujours rapprocher. » Cela signifie que la rigueur doit être utilisée avec la main gauche, plus faible et que la méthode du ‘hessed doit être utilisée avec la main forte, la droite. La guemara emploie le mot « toujours », ce qui implique que ce principe est perpétuel et qu’aucune exception n’est acceptable. Aussi, un éducateur célèbre est d’avis que chaque critique faite à un enfant doit être accompagnée de quatre paroles encourageantes. La paracha de cette semaine nous enseigne que l’être humain doit se souvenir de l’éphémérité de son corps. Cette leçon est très importante, mais, comme nous l’avons expliqué, elle reste incomplète. Nous devons également nous souvenir que nous, que nos enfants et nos élèves, avons une valeur spirituelle incroyable. Puissions-nous tous mériter de trouver le juste équilibre.

Monday, February 24, 2014

Parachat Pekoudé – L’aspect positif de la destruction du Temple

« Tel est le décompte [des matériaux] du Michkan, le Michkan du Témoignage, qui fut établi par Moché… » (Chemot, 38:21.) Rachi explique, sur les mots Le Michkan ; Michkan : « [Le mot Michkan est écrit] deux fois, pour faire allusion au Temple qui fut pris comme gage (machkon), puisqu’il fut détruit à deux reprises à cause des fautes d’Israël. » Rachi rapporte le midrach qui explique la répétition du mot Michkan. « Michkan » fait référence au machkon, qui correspond au gage donné lorsque quelqu’un emprunte un objet ; s’il ne peut le rendre, le propriétaire de l’objet garde le gage. Dans le cas présent, Hachem donna aux deux Temples le rôle de garants du peuple juif. Ceci, car dans le futur, ce dernier allait transgresser de graves fautes, au point qu’il allait mériter l’anéantissement, mais Hachem allait déverser Son courroux sur le bois et les pierres des Temples, épargnant ainsi le peuple. Le midrach nous enseigne qu’il existe des aspects positifs aux événements les plus tragiques, tels que la destruction des Temples. L’histoire suivante illustre remarquablement cette idée ; Rabbi Levy Its’hak de Berditchev zatsal passa une nuit dans une auberge. Il se leva au milieu de la nuit, afin de réciter Tikoun ‘Hatsot – les prières qui expriment notre peine en ce qui concerne la destruction du Temple. Il pria avec beaucoup de ferveur et d’émotion, et l’aubergiste, un « simple » Juif, en l’entendant, se leva et entra dans sa chambre pour comprendre pourquoi il pleurait tant. Le rav tenta de lui expliquer l’importance du Temple, à quel point la présence d’Hachem y était apparente, et combien nous souffrons de l’exil. Il fut si convaincant que l’aubergiste éclata en sanglots en réalisant soudain l’ampleur de la tragédie qui avait frappé le peuple juif. Il pleura tant que Rabbi Lévy Its’hak s’inquiéta pour sa santé ; il se mit alors à le rassurer et à lui dire qu’il y a des côtés positifs au ‘Hourban (à la destruction) – ceux mentionnés par Rachi dans la paracha de cette semaine, à savoir que le peuple juif fut épargné, parce qu’Hachem déversa Sa colère sur les Temples plutôt que sur les Bné Israël. Là aussi, il fut si convaincant que l’hôtelier se mit à danser et à chanter joyeusement avec Rabbi Lévy Its’hak. Ils firent tant de bruit que d’autres personnes les entendirent et vinrent leur demander la raison de leur joie. L’aubergiste répondit : « N’êtes-vous pas au courant ? Le Temple a été détruit ! » Cette histoire met davantage en évidence le fait qu’outre le côté indubitablement tragique des destructions, elles eurent pour conséquence positive notre survie. Ceci nous enseigne que dans chaque tragédie que nous vivons, que ce soit en tant que nation ou individuellement, il existe des points positifs. L’un des bénéfices éventuels est que la personne voit la Providence Divine plus clairement en temps de peine, ce qui peut renforcer sa relation avec Hachem. Autre « avantage » des événements difficiles : ils permettent aux gens de ralentir leur rythme de vie effréné et de relever ce qu’ils doivent améliorer. Prenons l’exemple d’une femme, mère de plusieurs enfants en bas âge, qui était constamment épuisée par la garde de ses enfants et par les tâches ménagères à accomplir simultanément. Elle estimait que le fait d’employer une aide-ménagère qui la déchargerait serait un signe de faiblesse. Ce n’est que lorsqu’elle souffrit d’un sérieux problème de santé, qu’elle se fit aider, n’ayant plus le choix. Baroukh Hachem, elle se remit de sa maladie, en réalisant qu’elle pouvait être une meilleure mère pour ses enfants. Elle comprit qu’avant de tomber malade, elle était si fatiguée par le travail exigé, qu’elle était intolérante et de mauvaise humeur avec ses enfants. Ce changement forcé dans sa vie lui montra qu’elle pouvait être bien plus sereine et heureuse avec ses enfants, quand elle n’était pas éreintée par toutes les tâches ménagères . De cette façon, une apparente tragédie marqua finalement un tournant majeur et positif dans sa relation avec ses enfants. Rachi nous montre que même les événements difficiles ont leurs points positifs – si nous les remarquons, nous pouvons les utiliser pour nous élever dans notre avodat Hachem.

Monday, February 17, 2014

Parachat Vayakel – Le Chabbat

La paracha débute par l’obligation de respecter le Chabbat : « Car pendant six jours, le travail sera fait et le septième jour sera pour toi saint, une journée de repos absolu en l’honneur d’Hachem ; quiconque travaillera en ce jour sera mis à mort. » Les commentateurs se penchent sur la formulation énigmatique de ce verset ; on aurait dû lire : « Car pendant six jours, tu travailleras », à la voix active, plutôt que « le travail sera fait », au passif . Ils expliquent que la Thora nous montre l’attitude à adopter, pour avoir la force de s’abstenir de faire une melakha (activité interdite) pendant Chabbat. Durant la semaine, la personne doit travailler pour gagner sa vie, elle ne peut pas croiser les bras et attendre que D. subvienne à ses besoins, si elle ne fait aucun effort. Elle doit faire sa hichtadlout, parce qu’Hachem en a décrété ainsi depuis la faute d’Adam Harichon. Mais en réalité, sa hichtadlout (efforts fournis) n’est pas la cause de son succès, c’est Hachem Qui en est l’unique Source. Pendant Chabbat, Hachem nous ordonne de nous abstenir de toute activité créative, afin d’intérioriser cette idée et le fait que tout le travail de la semaine n’est effectué qu’à cause du décret évoqué. Or, si quelqu’un estime que ses efforts sont l’origine de son gagne-pain, l’arrêt de travail pendant Chabbat lui sera très difficile ; selon lui, plus il travaille, plus il gagne et il trouve donc logique de travailler pendant Chabbat, comme durant la semaine. En réponse à cette attitude erronée, la Thora nous parle du travail fourni à la voix passive — car en vérité, l’homme ne fait pas le travail, c’est le travail qui est effectué pour lui. Hachem, pour ainsi dire, accomplit le travail et subvient aux besoins de chacun. Si l’on en est conscient, il sera bien plus facile de ne pas travailler pendant Chabbat, car on saura que notre travail n’est, en fait, pas la source de nos revenus . Cet enseignement ne se limite pas aux 39 travaux interdits par la Thora pendant Chabbat. Nos Sages ont instauré l’interdit de parler d’une melakha que l’on prévoit de faire en semaine . L’évoquer témoignerait aussi d’une mauvaise compréhension de la leçon du Chabbat, à savoir qu’Hachem subvient aux besoins de la personne. De plus, bien qu’il soit techniquement permis de penser à une melakha pendant Chabbat, il est toutefois louable d’éviter complètement ce genre de réflexions . Cela montre que l’on réalise réellement, à travers le Chabbat, qu’Hachem dirige le monde et que le fait de penser à une melakha est inutile. Cette notion est rapportée dans la guemara : on nous raconte, dans le traité de Chabbat, qu’un homme vertueux vit pendant Chabbat une brèche dans la barrière qui entourait son champ. Il programma de la réparer en semaine, puis se souvint que c’était Chabbat et se sentit coupable d’avoir pensé à une melakha pendant Chabbat. Pour montrer son regret, il décida de ne jamais réparer cette clôture et, en récompense, un câprier poussa miraculeusement, ce qui lui permit de subvenir aux besoins de toute sa famille . Deux questions se posent concernant cette guemara. Tout d’abord, pourquoi a-t-il décidé de ne jamais restaurer la barrière : en quoi était-ce une bonne chose et comment cela pouvait-il rectifier son erreur ? Deuxièmement, comment comprendre la récompense décernée, en quoi était-ce mesure pour mesure, une réponse à la décision qu’il prit de ne jamais colmater la brèche ? Nous pouvons répondre à ces interrogations grâce au principe que nous avons énoncé. Lorsque cet homme vertueux vit l’état de la barrière, il prévit de la réparer, oubliant momentanément l’enseignement de Chabbat ; Hachem est la Source de notre subsistance et les efforts de l’homme n’ont aucune valeur, sans Son aide. Pour rectifier son « erreur », il décida de ne jamais arranger la barrière, afin de montrer qu’il était en réalité conscient que ses efforts n’étaient pas l’origine de son gagne-pain. Hachem lui montra qu’il avait bien réagi et, mesure pour mesure, Il lui fournit une nouvelle source de revenus ; un câprier qui poussa sans aucune contribution humaine ! C’était la preuve qu’Hachem peut subvenir aux besoins d’une personne indépendamment de sa hichtadlout. Il est très difficile, durant la semaine, de ne pas se laisser duper à croire que la hichtadlout de l’homme lui permet de vivre et qu’Hachem n’est pas le Seul à subvenir à nos besoins. Le Chabbat nous offre l’opportunité de voir clairement que toute notre hichtadlout est, en fin de compte, inutile . Pendant Chabbat, tandis que les gens continuent de travailler dur pour gagner leur vie, les Juifs pratiquants cessent ces activités, reconnaissant qu’Hachem dirige le monde sans avoir besoin de la participation de l’homme. Comme nous l’avons expliqué, cette idée ne s’exprime pas seulement lorsque l’on s’abstient de faire une melakha, mais cela s’applique également lorsque l’on se garde de parler d’une melakha. Le plus haut niveau est atteint quand on évite de penser à une melakha que l’on doit faire. Tous ces interdits sont censés nous faire réaliser que toutes nos réalisations de la semaine ne voient le jour que parce qu’Hachem le désire. Puissions-nous tous mériter de respecter le Chabbat sans faire, parler ou penser à une melakha.

Friday, January 10, 2014

Parachat Bechala’h – Prier par habitude – Le point de vue de Rachi

« Pharaon approchait ; les Bné Israël levèrent les yeux et voici que l’Égypte était à leur poursuite. Les Bné Israël furent pris d’effroi et crièrent vers Hachem. Ils dirent à Moché : "N’y avait-il pas suffisamment de tombeaux en Égypte pour que tu nous conduises dans le désert pour mourir ?" » (Chemot, 14:10-11) Rachi explique, sur les mots : « Ils crièrent » : Ils saisirent l’art de leurs pères ; concernant Avraham, il est dit : « À l’endroit où il se tenait », pour Its’hak, il est écrit : « Pour parler dans le champ » et au sujet de Yaacov, il est dit : « Il rencontra à l’endroit ». La Thora nous informe que lorsque le peuple juif vit avec horreur que l’armée égyptienne approchait, ils invoquèrent Hachem en criant. Rachi explique qu’ils crièrent selon la tradition des Avot (patriarches), ce qui semble être un acte louable, puisqu’ils apprirent de leurs éminents patriarches, le pouvoir de la prière. Cependant, dans le passouk (verset) qui suit, nous voyons qu’ils se plaignirent à Moché du fait qu’il les ait emmenés périr dans le désert. Leur réaction ne révélait donc pas du tout un niveau honorable. Comment un verset peut-il témoigner de leur vertu vis-à-vis de la prière, tandis que le passouk suivant souligne leur bassesse ?! Le Maharal n’interprète pas la réponse de Rachi selon son sens simple. Il écrit que Rachi ne voulait pas faire l’éloge du peuple juif parce qu’il avait suivi la voie des patriarches concernant la prière. Les Bné Israël ne supplièrent pas sincèrement Hachem, de la façon dont le faisaient les Tsadikim. Rachi nous dit plutôt qu’ils prièrent uniquement parce que leurs ancêtres avaient prié ; en d’autres mots, ils prièrent par habitude. C’est pourquoi, lorsque la Thora nous précise qu’ils invoquèrent Hachem, elle ne met pas en relief un niveau élevé. On comprend donc facilement pourquoi le passouk suivant nous informe qu’ils agirent de façon répréhensible. La réponse du Maharal dévoile une vérité troublante concernant la tefila. Il est bien facile de parcourir les textes de la prière machinalement – bien que regrettable, il est tout au moins compréhensible que le fait de lire la même prière des centaines de fois peut conduire une personne à prier mécaniquement. Étant donné que les textes sont établis et que l’individu n’a pas choisi de les dire, il est probable que sa prière sombre dans l’habitude s’il n’apprécie pas la signification des mots prononcés. Cependant, le Maharal fait référence à un autre genre de prière ; celle où l’on se tourne vers Hachem durant l’épreuve — il s’agit des moments de notre prière où l’on ajoute des demandes personnelles, outre les prières que l’on peut réciter à n’importe quel moment de la journée, en temps de besoin. Nous apprenons du Maharal que même ces invocations peuvent être affectées par la routine. Ainsi, une personne peut être dans une situation de détresse et prier uniquement parce qu’il en a pris l’habitude, mais ses mots restent vides, sans profondeur. Aussi, cela peut être le cas de quelqu’un qui ajoute régulièrement les mêmes demandes personnelles dans sa amida (prière contenant 19 bénédictions, qui forme le noyau central des trois prières journalières). Comment rectifier ce problème ? On peut évidemment étudier certains ouvrages traitant de l’importance de la prière qui est un moyen de se lier à Hachem. De plus, il convient de ne pas réciter les mêmes prières personnelles à chaque tefila. Par exemple, concernant les supplications pour la réussite des enfants, un rav conseilla de prier chaque jour pour un enfant différent, afin que les prières ne deviennent pas accoutumées. Nous avons évoqué un problème récurrent, celui de prier par habitude, même dans les situations difficiles ; la première étape pour s’améliorer dans ce domaine est de chercher comment évoluer — avec ce désir sincère, Hachem nous aidera certainement à atteindre notre objectif.

Tuesday, December 31, 2013

Parachat Bo – La réflexion

L’un des aspects les plus caractéristiques de l’épisode des dix plaies reste le refus obstiné de Pharaon d’admettre qu’il s’était comporté de façon erronée et d’accepter que le D. des Juifs était bien tout-puissant. Tous les miracles ne parvinrent pas à le convaincre de la véracité des allégations de Moché Rabbénou qui affirmait être l’envoyé d’Hachem et pas simplement un bon sorcier. Durant les cinq premières plaies, il refusa de libérer les Juifs, et ce, de plein gré. Mais pendant la deuxième série de plaies, il aurait bien renvoyé le peuple juif, si Hachem n’avait pas endurci son cœur. Le Seforno explique que ce ne sont toutefois pas les plaies qui provoquèrent la techouva de Pharaon, et qui le firent reconnaître la grandeur d’Hachem, mais c’est plutôt son incapacité à supporter des plaies supplémentaires qui aurait permis aux Bné Israël de sortir d’Égypte. Ainsi, l’endurcissement de son cœur par Hachem lui donna la force de surmonter sa peur naturelle et de prendre une décision délibérée et « rationnelle » de continuer à rejeter les demandes de Moché. L’obstination singulière et déraisonnable de Pharaon suscita l’étonnement du rav Aharon Bakst zatsal, le Roch Yéchiva de Lomza. Il avait l’habitude de donner un cours de moussar (morale) chez lui, chaque vendredi soir. Une fois, ses disciples arrivèrent et furent surpris de le voir faire les cent pas dans sa chambre, se demandant : « Quel était le raisonnement de Pharaon devant tous ces miracles qui se produisirent sous ses yeux ? » Soudain, il interrompit ses allers-retours, se tourna vers ses talmidim (élèves) et expliqua : « Il n’a pas du tout réfléchi ! Ce n’est qu’un manque de réflexion qui peut pousser une personne à négliger de si grands miracles sans que cela n’influe sur sa vie le moins du monde ! » Cette explication sur le comportement illogique de Pharaon nous permet de comprendre pourquoi certaines personnes ne parviennent parfois pas à évoluer lorsqu’ils vivent des moments forts. Elles peuvent admettre que des miracles se sont produits, mais elles ne se penchent pas sur leurs conséquences. Prenons comme exemple, la réaction des gens suite aux miracles manifestes de la Guerre du Golfe, durant laquelle 39 missiles « scuds » ne tuèrent qu’une seule personne ! Its’hak Rabin avoua que le peuple juif avait clairement vu la Main de D. Pourtant, le rav David Orlofsky chlita fait remarquer que l’on n’a pas perçu de changement quelconque dans le mode de vie de Rabin ; il ne se mit pas à porter les tefillin ou à observer les mitsvot. Comment raisonna-t-il ? Il a clairement vu la Main de D. qui protégeait le peuple juif, mais ne changea pas pour autant ! En vérité, comme le répond le rav Bakst, il n’a pas réfléchi ! S’il avait médité, en toute bonne foi, sur ces phénomènes exceptionnels, il aurait certainement changé, d’une certaine façon. Le rav David Kaplan chlita rapporte une autre illustration remarquable de ce phénomène. Le rav Yé’hezkel Levinstein zatsal voyageait dans un taxi conduit par un ‘hiloni (personne non pratiquante). Le chauffeur raconta au rav l’histoire suivante. Quelques années auparavant, il avait voyagé dans les jungles d’Afrique avec quelques amis. Soudain, un serpent attaqua l’un d’entre eux, s’enroula autour de son corps et l’étouffa presque. Après de nombreux efforts concertés pour tenter de sauver leur ami, les autres compagnons comprirent qu’il n’y avait aucun espoir, et lui conseillèrent donc de réciter le chéma avant qu’il ne quitte ce monde. Le condamné s’empressa de dire le chéma et le serpent se déroula immédiatement et s’éloigna. Cet homme, qui eut la vie sauve, fut profondément affecté par cet incident et revint progressivement au judaïsme. Il est à présent un Juif pratiquant. En entendant comment cet événement changea si radicalement la vie son ami, le rav ‘Hazkel se tourna vers le chauffeur et lui demanda pourquoi il n’avait pas, lui aussi, évolué suite à ce miracle, ce à quoi le chauffeur répondit : « Oh, non ; cela ne m’est pas arrivé personnellement, c’est à lui que c’est arrivé . » Le chauffeur assista à un événement extraordinaire, susceptible de lui changer la vie, mais il n’évolua pas ; pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas réfléchi, il n’a pas permis à ce miracle de le pénétrer et de l’aider à décider quelle direction prendre dans sa vie et ce prodige n’a donc pas pu avoir les conséquences escomptées. Il est également intéressant de remarquer que son ami, le sujet du miracle, changea – parfois, un événement est si fort que la personne qui le vit ne peut s’empêcher d’y penser et ce phénomène influe donc sur sa vie. Mais, souvent, nous ne sommes pas les objets du miracle et il nous faut donc déployer bien plus d’efforts de réflexion et songer aux conséquences des événements auxquels nous assistons et dont nous entendons parler. Dans l’histoire récente, nous avons assisté à des événements tels que la guerre de Gaza qui fut une manifestation claire de la Main d’Hachem. Pendant et peu après cette opération, les Rabbanim rapportèrent plusieurs miracles qui se produisirent alors. Aussi, des personnes remarquèrent que de nombreux missiles lancés sur Israël n’eurent, par miracle, que des conséquences minimes. Notre avoda (travail) est de laisser ces événements pénétrer dans nos vies – il faut travailler sur notre perception et notre croyance en la présence d’Hachem dans le monde et dans notre vie, réfléchir aux messages qu’Hachem nous transmet et tâcher d’évoluer et de grandir. Pour progresser, conséquemment au monde qui nous entoure, il faut commencer par prendre leçon de Pharaon et « réfléchir » — permettre aux événements qui surviennent dans le monde en général, et dans nos vies privées, d’analyser la situation et d’évoluer de manière adéquate. Puissions-nous tous mériter de « réfléchir » sur ce qui se passe autour de nous.

Tuesday, December 24, 2013

Qui est réellement vertueux ? — le point de vue de Rachi

« Ce sont Aharon et Moché à qui Hachem dit : " Faites sortir les enfants d’Israël du pays d’Égypte, selon leurs légions." Ce sont eux qui parlèrent à Pharaon, roi d’Égypte, afin de conduire les enfants d’Israël hors du pays d’Égypte ; il s’agit de Moché et d’Aharon. » (Chemot, 6:26-27.) Rachi explique, sur les mots « Il s’agit de Moché et d’Aharon » : Ils furent intègres dans leur mission et vertueux du début à la fin. » Rachi rapporte une guemara dans Meguila qui énumère des versets quant à la droiture de personnalités remarquables. Seule une seule autre personne est mentionnée, dans le même ordre d’idées, comme étant loyale et vertueuse du début à la fin : il s’agit d’Avraham Avinou . Pourquoi la Thora ne fait un tel éloge que sur ces trois hommes ? Il semblerait que ces trois personnes furent confrontées à des défis tels, qu’il aurait été impossible pour quiconque n’ayant pas atteint leur niveau de grandeur, de les surmonter. Une personne ordinaire aurait succombé aux difficultés et n’aurait pas réussi à garder une conduite exemplaire. Avraham Avinou, déjà à l’âge de trois ans, fut à la hauteur de reconnaître Hachem – dès ce moment, il fit face à une pression incroyable pour qu’il rejette ses nouvelles croyances en faveur de l’idolâtrie prédominante. Néanmoins, il resta ferme, prêt à sacrifier sa vie et à être jeté dans la fournaise de Our Kasdim. Hachem continua de le mettre à l’épreuve en le plaçant dans des situations où il devait aller à l’encontre de sa bonté infinie, comme lors du renvoi de son fils Ichmaël, et, bien sûr, de la Akéda durant laquelle il reçut l’ordre de tuer son fils bien-aimé, Its’hak. Au cours de toutes ces épreuves, il aurait pu hésiter quelque peu, et se demander pourquoi Hachem lui enjoignait d’accomplir des actions si contradictoires avec les croyances qu’il avait propagées avec tant d’ardeur . Malgré tout, il demeura inflexible, ce qui lui permit de maintenir les hauts niveaux qu’il avait atteints dans son enfance. Moché et Aharon, en tant que libérateurs du Klal Israël, rôle qui leur incomba pendant plus de quarante ans, furent confrontés à plusieurs défis et épreuves qui auraient facilement pu les faire chanceler, à commencer par leur premier échec à améliorer le sort des Juifs durant l’esclavage. Puis, il y eut les nombreuses fois où le peuple juif se retourna contre eux, les accusant de les avoir amenés dans le désert pour les faire périr, et fut même prêt à les tuer. De plus, ils endurèrent de sévères épreuves durant l’Exode, telles que les conséquences de la faute des explorateurs. Pourtant, leur détermination à accomplir le rôle qu’Hachem leur avait octroyé au départ ne faiblit jamais. Ainsi, ‘Hazal nous disent qu’ils étaient aussi valeureux à la fin de la longue et laborieuse saga de la sortie d’Égypte, qu’à son début. Évidemment, nous ne pouvons aspirer à atteindre la force d’Avraham, de Moché et d’Aharon qui parvinrent à maintenir leur niveau spirituel durant toutes ces épreuves, mais leur exemple nous enseigne une leçon édifiante. Une personne qui fait preuve de bonnes qualités et de émouna (foi) quand tout va bien est, certes, louable, mais le vrai test de sa vertu se fait lorsqu’elle est placée dans des situations délicates – est-elle alors capable de garder ses valeurs ou bien c’est son yétser hara qui prend le dessus ? Développons cette idée à travers deux illustrations: Le ‘Hazon Ich, dans son ouvrage sur le bita’hon (confiance, foi), donne l’exemple de Réouven qui exprime constamment sa émouna et affirme que tout ce qu’il possède provient d’Hachem ; il reconnaît et proclame que son gagne-pain dépend entièrement d’Hachem, et qu’il ne faut jamais se faire de souci à ce sujet. Or, dès que Chimon ouvre un commerce concurrent à celui de Réouven, la émouna de ce dernier s’évanouit et il se met à appréhender le futur. Il commence à se plaindre de son nouveau rival, et cherche même à lui faire fermer boutique, par des moyens peu déontologiques. La émouna de Réouven paraissait forte lorsque tout allait bien, mais devant l’épreuve, il ne manifesta pas suffisamment de bita’hon. Rapportons, pour deuxième exemple, une expression de ‘Hazal selon laquelle on peut évaluer une personne en observant son attitude vis-à-vis de l’argent, quand elle est ivre, et – le cas le plus pertinent ici – sa façon de réagir dans une situation qui déclenche la colère . Son calme habituel n’indique pas forcément de réelles bonnes midot (qualités). Son vrai niveau peut être mesuré si elle sait garder son sang-froid malgré la pression. Nous avons appris, grâce aux exemples d’Avraham, de Moché et d’Aharon, que la vraie grandeur est déterminée par le comportement de quelqu’un dans les moments difficiles. Puissions-nos tous aspirer à les émuler, à notre niveau.

Wednesday, December 11, 2013

Parachat Vayé’hi — Surexploiter ses capacités

Dans la paracha de cette semaine, Yaacov Avinou élève ses deux petits-fils, Ephraïm et Ménaché, au rang de Chevatim (tribus) et leur attribue une bénédiction qui est devenue l’archétype de la bénédiction paternelle jusqu’à ce jour. « Il les bénit alors ce jour-là en disant : "Israël te prendra en exemple dans ses bénédictions en disant : ‘Que D. te fasse devenir comme Ephraïm et comme Ménaché.’ " » Les commentateurs demandent pourquoi Yaacov chargea le peuple juif de bénir ses fils et de leur souhaiter de devenir précisément comme Ephraïm et Ménaché, et non comme quelqu’un d’autre. Cette question est renforcée par le fait que nous souhaitons à nos filles de devenir comme les Imaoth (les Matriarches). Il semblerait donc plus logique d’aspirer à ce que nos fils ressemblent aux Avot (aux Patriarches). On peut proposer pour réponse qu’Ephraïm et Ménaché exploitèrent leur plein potentiel ; jusqu’à présent, seuls les fils de Yaacov Avinou méritèrent le titre de Tribus. Ephraïm et Ménaché n’étaient pas les enfants de Yaacov, et n’étaient donc pas destinés à faire partie des Tribus. Néanmoins, du fait de leur grandeur , Yaacov les éleva au rang de Chevatim. Ils réussirent ainsi, de façon incroyable, à aller au-delà de leur potentiel. Nous souhaitons donc que nos enfants émulent Ephraïm et Ménaché, et nous espérons à travers cela, qu’ils se surpassent. Le Targoum Yonathan écrit que l’intention de Yaacov était que l’on bénisse ses fils et en leur souhaitant d’être comme Ephraïm et Ménaché, lors de la brit mila en particulier . Selon cette interprétation, nous espérons que notre fils émule Ephraïm et Ménaché et devienne quelqu’un de grand. C’est ce qui ressort de la prière que nous récitons durant la mila : « Que ce katan (petit) devienne un gadol (grand). » Cela ne signifie pas que nous voulons que ce petit garçon devienne un homme haut de taille. La « gadlout » fait ici référence à une grandeur spirituelle. Nous aspirons à ce que notre enfant devienne une personne digne, comme Ephraïm et Ménaché. Cela enseigne à l’individu qu’il doit aspirer à se surpasser, mais inculque également aux parents les aspirations à avoir pour leurs enfants. Il ne faut pas se contenter d’élever son enfant à devenir un Juif « ordinaire », mais plutôt avoir comme objectif de l’aider à devenir « grand ». Qui plus est, il ne suffit pas de « vouloir » que notre enfant devienne grand, mais il faut l’aider activement à évoluer de la sorte. Le rav Yaacov Kamenetsky zatsal exprime cette idée en rapportant un enseignement de la parachat Chemot. Lorsque Moché Rabbénou était bébé et fut sorti des eaux par Bitya, la fille de Pharaon, elle voulut qu’une Égyptienne l’allaite, mais il refusa de boire de ce lait. Rachi en explique la raison : à l’avenir, Moché « allait s’entretenir avec la Chekhina ». Le commentaire de Rachi relève de la loi juive. Le Rama régit que l’on ne doit pas nourrir un bébé avec du lait provenant d’une non-juive, dans la mesure du possible . Le Gaon de Vilna rapporte la source de ce précepte : Moché Rabbénou ne voulut pas boire du lait des femmes égyptiennes . Le rav Kamenetsky demande comment nous pouvons comparer la situation de Moché à celle de tout enfant. Dans le cas de Moché, la raison de son refus à boire d’un lait étranger était qu’il devrait, par la suite, parler avec la Présence Divine ; or ce motif ne s’applique pas à tout le monde. Il répond que nous devons élever nos enfants comme si, potentiellement, ils pouvaient atteindre le niveau de parler à la Présence Divine. L’éducation que nous leur dispensons doit les faire devenir des personnes vertueuses. Le rav Kamenetsky nous avise d’être très vigilants à éduquer nos enfants de la manière la plus pure et sainte, sans mauvaises influences. Cette leçon est très pertinente dans le milieu environnant. Un parent peut penser qu’il n’y a rien de mal à exposer son enfant à toutes sortes de nouvelles technologies, qui s’infiltrent dans chaque aspect de notre vie quotidienne. Cependant, une telle exposition peut facilement impliquer que l’enfant entende ou voie des choses qui ne prédisposent pas une personne à grandir spirituellement. Par conséquent, même si elles ne détruisent pas la spiritualité d’un enfant (elles sont en réalité souvent dévastatrices), elles l’empêcheront certainement d’exploiter son plein potentiel, et a fortiori, de se surpasser comme le firent Ephraïm et Ménaché. Nous apprenons de la bénédiction que Yaacov accorda à ses petits-fils que chaque parent doit aspirer à ce que ses enfants exploitent, voire surexploitent leurs potentiels. Ce souhait doit se manifester dans leurs actes ainsi que dans leur attitude. Puissions-nous tous mériter de nous dépasser et d’élever des enfants qui dépasseront toutes nos attentes.

Monday, November 18, 2013

Parachat Vayéchev — Sortir de notre petit monde

Vers la fin de la paracha, Yossef HaTsadik se retrouve dans une situation désespérée, après dix ans de prison ferme, sans aucune libération en perspective. À ce moment, l’épisode de l’interprétation des rêves des ministres de Pharaon se déroule. C’est ainsi que débute son élévation soudaine jusqu’au poste de vice-roi sur toute l’Égypte. L’un des versets qui racontent la considérable amélioration de situation dans la vie de Yossef est facilement négligé. Après les rêves respectifs des deux ministres, ces derniers étaient très bouleversés, car ils n’en comprenaient pas le sens. En voyant leur mine défaite, Yossef demande : « Pourquoi semblez-vous abattus aujourd’hui ? » Cette question, apparemment sans importance entraîna l’interprétation des rêves puis la libération de Yossef et son ascension fulgurante au pouvoir. Si Yossef ne leur avait pas demandé la raison de leur désarroi, ils ne se seraient probablement jamais confiés à lui et la formidable opportunité qu’il soit libéré aurait été manquée. La petite prévenance de Yossef peut paraître insignifiante, mais il faut prendre en compte la situation dans laquelle il se trouvait à ce moment : il avait vécu dans des conditions épouvantables pendant dix ans, sans espoir réel de libération. Il aurait été compréhensible qu’il soit complètement absorbé par sa propre situation et qu’il ne remarque pas l’expression du visage des personnes qui l’entouraient. Qui plus est, il avait pour tâche de servir les deux ministres qui étaient des personnalités importantes en Mitsraïm – ceux-ci le considéraient certainement comme un subalterne et ne lui prêtaient absolument aucune attention. Pourtant, il mit ces éléments de côté et se soucia de leurs visages déprimés. Nous sommes tentés de vivre en nous focalisant sur nos propres vies au point que nous ne remarquons pas les besoins des autres. L’un des moyens de devenir un véritable baal ‘hessed (philanthrope) est de passer outre nos intérêts personnels et d’être attentif au monde qui nous entoure. Parfois, cela demande des concessions, de ne pas tenir compte de notre bien-être en faveur de celui des autres. L’exemple le plus remarquable se trouve un peu plus tôt, dans la paracha, lorsque Tamar est prise pour être amenée au bûcher. Elle avait toutes les chances d’avoir la vie sauve en montrant que les objets qu’elle détenait étaient ceux de Yéhouda. Néanmoins, elle se soucia plus de la gêne que cela aurait causé à Yéhouda si elle le faisait et garda donc le silence . La guemara déduit de cet incident qu’il vaut mieux se laisser mourir plutôt que de mettre quelqu’un dans l’embarras . Rabbénou Yona et Tosfot affirment que telle est la halakha (loi juive) ! Cela nous enseigne que parfois, nous sommes obligés de donner priorité aux sentiments d’autrui plutôt qu’aux nôtres. Les guedolim (grandes figures en Thora) incarnent parfaitement cette capacité de réduire à néant leurs propres besoins et à se concentrer sur ceux des autres. Le rav Moché Feinstein zatsal fut conduit en voiture par un jeune homme de sa yéchiva. Alors qu’il entrait dans la voiture, le ba’hour ferma la porte sur les doigts du rav, qui resta malgré tout silencieux, comme si rien ne s’était passé. Un spectateur abasourdi lui demanda pourquoi il n’avait pas hurlé de douleur. Le rav répondit que le jeune homme aurait certainement été très gêné de lui avoir fait mal ; rav Moché se contint et garda le silence. Cette histoire est connue, mais elle mérité réflexion ; rav Moché personnifiait cette aptitude à négliger ses sentiments pour éviter la peine de son frère juif. Ce n’est pas seulement dans les moments difficiles que nous devons nous focaliser sur les autres. Le rav Aharon Kotler zatsal et son fils, le rav Shnéor zatsal allèrent dire au revoir au rav Isser Zalman Meltser (le beau-père de rav Aharon) avant de quitter Erets Israël pour le mariage de rav Shnéor. Le rav Isser Zalman s’arrêta au milieu des escaliers en les raccompagnant, sans les escorter jusqu’à l’extérieur de la maison. Ils lui en demandèrent la raison et il expliqua : « Plusieurs de mes voisins ont des petits-enfants qui furent tués par les nazis, yima’h chemam (que leur nom soit effacé). Comment puis-je sortir et enlacer mon petit-fils, affichant ma joie en public, alors que ces gens ne peuvent en faire autant ?! » Ces démonstrations exceptionnelles d’altruisme peuvent être source d’inspiration pour nous. Souvent, nous pouvons dominer notre égocentrisme et prendre conscience de ce dont l’autre a besoin. Lorsque nous marchons dans la rue, nous avons tendance à être plongés dans nos pensées, mais il vaudrait la peine de prêter attention aux personnes qui nous entourent – il se peut que quelqu’un porte une lourde charge et aimerait bien qu’on lui prête main-forte . Quelques fois, sans raison particulière, nous restons focalisés sur notre petit monde. Par exemple, il arrive que celui qui fait la hagbaa (levée du séfer Thora) du Chabbat matin reste assis et porte le séfer Torah, sans ‘houmach en mains pour suivre la haftara (texte que l’on lit après la lecture de la Thora). Bien que les fidèles soient occupés à suivre la haftara, le fait de lui tendre un ‘houmach serait une marque d’attention appréciée. À Torah VaDaat, il arrivait qu’il manque des chaises dans la salle et les ba’hourim (jeunes hommes) devaient donc prendre des chaises d’une autre pièce. Le rav Shraga Feivel Mendelowitz zatsal disait qu’un jeune homme qui n’apportait qu’une seule chaise pour lui-même n’était qu’un simple porteur, tandis que celui qui en apportait deux, l’une pour lui-même et l’autre pour son ami, était un baal ‘hessed . Plusieurs actes de prévenance peuvent illuminer la vie d’une personne. Nous apprenons de Yossef que nous ne pouvons jamais savoir quelles seront les conséquences d’un bienfait. Le Alter de Slabodka zatsal disait que l’on ne peut également jamais savoir quel salaire nous allons recevoir pour un petit acte de ‘hessed. Il évoque l’incident lors duquel Yaacov Avinou enleva la pierre du puits afin que tout le monde puisse en boire l’eau. Cette petite sollicitude ne semble pas vraiment compter parmi les nombreuses mitsvot que Yaacov accomplit au cours de sa vie. Pourtant, elle est un grand mérite pour le peuple juif. Chaque année, nous récitons une prière spéciale pour la pluie – tefilat haguechem. Dans cette tefila, nous rapportons certaines actions vertueuses des patriarches, telles que la victoire de Yaacov sur l’ange d’Essav. Or, nous mentionnons également le fait que Yaacov retira cette pierre : « Il [Yaacov] se dévoua et fit rouler la pierre de l’ouverture du puits – en sa faveur, ne retiens pas l’eau. » Chaque bienfait accompli avec un cœur sincère a une valeur inestimable. Puissions-nous tous apprendre de nos Avot (patriarches) et être de véritables donneurs.

Monday, October 28, 2013

Parachat Toldoth – Le potentiel d’Essav – le point de vue de Rachi

« Les enfants s’entre-poussaient en son sein… » (Beréchit 25:22) Rachi comment sur « [les enfants] s’entre-poussaient » : Quand elle passait devant les entrées de lieux d’étude de la Thora de Chem et Ever, Yaacov s’agitait pour sortir [du ventre de sa mère]… Quand elle passait devant des lieux d’idolâtrie, Essav s’agitait pour sortir… Dans un précédent Dvar Thora, nous avons parlé du comportement de Yaacov dans l’utérus. Celui d’Essav est tout aussi troublant : le midrach rapporté par Rachi semble impliquer qu’Essav était mauvais depuis le stade embryonnaire. Les commentateurs soulèvent une question sur ce midrach ; certaines sources affirment que le yétser hara n’entre en l’homme qu’au moment de sa naissance, or selon ce midrach, Essav avait déjà un fort yétser hara dans le ventre de sa mère! Le rav Nathan Weiss chlita répond en analysant de plus près les mots de Rachi — ce dernier dit uniquement qu’Essav voulait aller vers les lieux où l’on s’adonnait à l’idolâtrie, mais il ne nous précise pas ce qu’il voulait y faire. Cela signifie qu’Essav avait une tendance innée pour les lieux déplorables, mais le fait d’exploiter ce penchant de manière constructive allait dépendre de lui, à partir de sa naissance. La meilleure façon d’agir aurait été de détruire de tels endroits, plutôt que d’en être détruit spirituellement. Nous voyons donc qu’Essav n’était pas mauvais déjà dans le ventre de sa mère, mais qu’il avait une prédisposition qui pouvait être utilisée pour le bien ou pour le mal. En effet, une analyse approfondie des sources rabbiniques décrivant les premières années d’Essav prouve que ce dernier possédait effectivement une grande capacité à combattre le mal. La Thora décrit le jeune Essav comme « un homme qui savait chasser » . Le midrach nous fournit une explication sur ces mots : il chassait les criminels avec sa bouche ; ces derniers niaient leur implication dans le crime et il les piégeait de façon à ce qu’ils admettent la vérité . Le Targoum Yonathan sur le même verset fait une révélation encore plus étonnante — Essav tua en réalité le chef des idolâtres, Nimrod. Il avait donc évidemment une capacité à abolir le mal. Si Essav avait continué à canaliser son attirance naturelle pour le mal de manière positive, il aurait sans doute atteint de hauts niveaux et accomplit le rôle qu’Its’hak souhaitait de sa part. Au lieu de cela, il se laissa aller à l’immoralité ambiante et devint un personnage de la pire espèce. Le midrach nous informe qu’un tout autre personnage du Tanakh (Pentatheuque) avait une inclination similaire à celle d’Essav – le vertueux Roi David. Quand Hachem envoya Chemouel HaNavi oindre David pour le faire devenir roi, il vit qu’il était roux. La couleur rouge symbolise le meurtre et quand Chemouel vit que David avait ce tempérament, il eut peur qu’il devienne un tueur comme Essav. Hachem le rassura en lui disant que David utiliserait cette impulsion convenablement et qu’il la mettrait en application quand la halakha (loi juive) le dicterait. Effectivement, David tua plusieurs ennemis du Klal Israël. Nous avons vu comment le penchant naturel d’Essav pour le mal n’impliquait pas obligatoirement qu’il allait fauter, mais plutôt qu’en grandissant, il utilisa son libre arbitre de manière négative. Cela nous enseigne une leçon importante quant à la façon dont une personne développe ses traits de caractère. Chaque trait de caractère peut être utilisé négativement ou positivement ; on peut choisir d’exploiter cette qualité à des fins égoïstes ou de la canaliser de façon positive, pour accomplir la volonté d’Hachem.

Sunday, October 13, 2013

Parachat Vayéra – Utiliser le bien pour le bien

La paracha commence par le récit du ‘hessed incroyable qu’Avraham Avinou fit avec les trois anges. Tout de suite après, on nous relate la descente des anges à Sodome ainsi que la destruction de la ville qui suivit. Le rav Yaacov Kamenetsky zatsal fait une remarque intéressante quant à la juxtaposition de ces deux incidents ; tous deux mettent l’accent sur la hakhnassat or’him (l’accueil réservé aux invités) . L’histoire d’Avraham est l’exemple type de l’attitude à avoir concernant harkhnassat or’him et la façon optimale de subvenir aux besoins des invités. Nous voyons comment Avraham met sa santé de côté et n’épargne aucun effort pour mettre ses invités le plus à l’aise possible. Immédiatement après, la Thora nous mène vers la ville de Sodome et montre l’antipathie de ses habitants pour cette même mitsva, la hakhnassat or’him. Nous voyons que la vie de Loth fut menacée parce qu’il nourrit et logea des visiteurs étrangers. Pourquoi la Thora insiste-t-elle sur le contraste marqué entre Avraham et les habitants de Sodome ? Le rav Kamenetsky propose une réponse basée sur un autre aspect de l’épisode de Sodome. Hachem dit à Avraham qu’Il prévoyait de détruire Sodome à cause du manque total d’égards envers autrui qui y régnait. Avraham s’inquiéta infiniment pour ce peuple de mauvais et invoqua Hachem de façon si énergique qu’il fut obligé d’introduire sa requête en demandant à Hachem de ne pas se fâcher du fait qu’il parle avec une telle franchise. Le rav Kamenetsky explique que la Thora nous montre une facette du niveau incroyable d’Avraham dans le ben adam la’havéro (les relations entre un homme et son prochain). Il écrit qu’en général, lorsqu’une personne excelle dans un trait de caractère, elle est particulièrement exigeante quant au comportement des autres personnes dans ce domaine. Par conséquent, elle a tendance à les juger très sévèrement s’ils lui semblent montrer une faille dans cette qualité. Il donne l’exemple d’un homme qui fait très attention à manger du pain à séouda chelichit (troisième repas du Chabbat). Il aura tendance à considérer ceux qui se contentent de manger des fruits pour séouda chelichit de façon très catégorique. La Thora juxtapose l’épisode montrant la grandeur de la hakhnassat or’him d’Avraham et la position abjecte de Sodome à ce sujet, puis elle montre comment, malgré tout, Avraham plaida en leur faveur et supplia Hachem de juger Sodome avec miséricorde. Cela montre qu’Avraham ne tomba pas dans le piège du yétser hara (mauvais penchant) qui nous incite à juger autrui avec rigueur dans nos domaines de prédilection. En dépit de l’immense fossé entre son ‘hessed et celui de Sodome, il se soucia énormément de leur bien-être. Nous apprenons de l’explication du rav Kamenetsky qu’il n’est pas facile de considérer favorablement les faiblesses d’autrui dans les secteurs qui sont nos points forts. Pourquoi est-ce si difficile ? Quand une personne excelle dans une compétence, il lui est très difficile de comprendre comment d’autres personnes peuvent être moins méticuleuses dans ce domaine. Par exemple, si quelqu’un est très ponctuel, il aura beaucoup de mal à s’expliquer comment ses camarades peuvent être constamment en retard. Il est évident pour lui que le fait d’être retardataire témoigne d’un manque de considération vis-à-vis d’autrui. Sa avoda (« travail », efforts à accomplir) consiste à admettre que chacun a des points forts différents et qu’il existe certainement des domaines dans lesquels il est bien plus faible que l’autre. De plus, il lui faut se souvenir de la michna dans avot qui nous dit : « Ne juge pas ton prochain avant de te tenir à sa place ». Cela nous enseigne que les traits de caractère de l’individu sont basés sur sa vie et qu’il est alors impossible de juger l’autre, car nous ne savons pas comment nous aurions réagi si nous avions été dans son cas. En intériorisant cet enseignement, on peut reconnaître que chacun a ses propres points forts et ses propres lacunes et qu’il ne convient donc pas d’être contrarié des imperfections des autres dans ses propres domaines de prédilection. Il existe un autre exemple montrant la grandeur d’Avraham dans ses relations avec d’autres personnes qui se situent à un niveau inférieur au sien. Au début de la paracha, la Thora décrit en longueur le délicieux repas qu’Avraham proposa à ses visiteurs. Le rav Issakhar Frand chlita souligne qu’Avraham lui-même était certainement peu intéressé à manger de tels mets. Néanmoins, il n’imposa pas son niveau personnel de perichout (éloignement du monde physique) à ses invités et n’épargna aucun effort pour leur servir un plat délicieux. Le rav Frand décrit comment l’une des plus grandes figures des générations récentes excella dans ce domaine, celui de ne pas imposer ses propres exigences aux autres ; dans le réfrigérateur du rav Moché Feinstein zatsal se trouvaient divers condiments, comme des sauces goûteuses… Il est évident que le rav Moché Feinstein lui-même n’accordait pas de grande importance à l’ajout de telles sauces pour agrémenter son repas – il vivait à un autre niveau, où de tels plaisirs physiques étaient insignifiants. Pourtant, il n’infligeait pas aux autres un tel niveau. Il existe plusieurs façons d’imposer ses propres desiderata à autrui de manière négative. Par exemple, quelqu’un peut être très propre et soigné, ce qui est évidemment une qualité permettant de vivre selon un séder (ordre). Cependant, il est fort probable qu’à un moment dans sa vie, cette personne soignée sera dans une situation où elle devra s’accommoder avec d’autres personnes, comme son conjoint (sa conjointe), ses enfants ou un camarade de chambre. Souvent, ces autres personnes n’aspirent pas à une propreté aussi rigoureuse dans la maison. Cela peut la contrarier, car elle souhaite que l’endroit soit rangé et nettoyé selon ses propres « normes de propreté ». Voilà comment l’on peut imposer sa façon de faire aux autres, ce qui semble être un comportement injuste vis-à-vis d’autrui. Une personne maniaque doit plutôt accepter que les autres puissent ne pas garder la maison aussi propre qu’elle le voudrait. Si elle se sent incapable de vivre correctement dans de telles conditions, elle doit se charger personnellement de maintenir la propreté de la maison selon ses impératifs. On pourrait parler longuement de la grande bonté d’Avraham Avinou. Le rav Kamenestky nous enseigne un autre aspect de ses relations ben adam la’havéro extraordinaires – il n’imposait pas ses exigences aux autres personnes et ne les considérait pas de manière stricte. Puissions-nous mériter d’utiliser nos bonnes midot (qualités) uniquement pour le bien.

Wednesday, October 9, 2013

Parachat Lekh Lekha – La deuxième épreuve d’Avraham Avinou

« Il y eut une famine dans le pays, Avram descendit en Égypte pour y séjourner, la famine étant rude dans le pays. » La Paracha débute par l’ordre qu’Hachem donne à Avraham de bousculer son existence, en quittant son peuple, son entourage et sa famille pour entreprendre un voyage vers une destination inconnue. Peu de temps après avoir réussi cette épreuve et s’être rendu en Erets Israël, Avraham est confronté à une terrible famine et se voit contraint d’aller en Égypte. ‘Hazal et les Richonim (Sages ayant vécu dans les années 4800-5300 – entre le XIe et le XIVe siècle de l’ère chrétienne) expliquent que cette famine fut l’une des dix épreuves qu’Avraham dut passer pour réaliser son plein potentiel . En quoi consistait exactement ce test ? Rachi enseigne : « Afin de le mettre à l’épreuve et de voir s’il allait s’interroger sur la parole de D. : Hachem lui avait ordonné d’aller en terre de Canaan et voilà qu’Il l’obligeait à quitter celle-ci ! » Selon Rachi, la difficulté principale de ce test ne résidait pas dans le manque de nourriture, mais dans l’impossibilité pour Avraham d’accomplir le commandement d’Hachem, « Lekh Lekha - Va pour toi ». Hachem lui avait dit d’aller en terre d’Israël où il allait pouvoir atteindre le perfectionnement spirituel, et voilà qu’aussitôt après, il rencontrait un obstacle important le forçant à adopter une ligne de conduite apparemment contradictoire à son takhlit (son but) dans cette mission. Alors qu’il pensait avoir pour devoir de résider en Erets Israël, il se vit contraint d’en partir dès qu’il y arriva ! Il aurait pu se demander pourquoi il était obligé d’abandonner cet itinéraire spirituel, et en être contrarié. Mais ce ne fut pas le cas, il ne questionna aucunement la parole d’Hachem. Il admit ne pas vraiment comprendre de quelle façon son voyage de « lekh lekha » devait se passer – tout cela était entre les mains de D. Il savait qu’il lui incombait uniquement de faire sa hichtadlout (efforts que l’on est en mesure de faire) tout en acceptant que tout ce qui était au-delà de son contrôle était géré par D. et qu’il n’y avait pas lieu de se décourager. Il réalisait que la famine provenait d’Hachem et que cela faisait partie de Son plan. D’ailleurs, avec du recul, on s’aperçoit que les évènements qui prirent place ensuite et les défis auxquels il fit face eurent beaucoup de conséquences bénéfiques. Le Ramban écrit que toutes les expériences vécues par les patriarches représentent un siman (un signe) pour leurs descendants. Nous sommes confrontés à des défis similaires aux leurs et la manière dont ils les ont surmontés nous donne la capacité d’en faire autant dans notre propre vie. Ainsi, l’épreuve de la famine nous concerne grandement ; lorsqu’une personne entreprend une évolution spirituelle basée sur sa compréhension de ce qu’est le ratson Hachem (la volonté divine), cela peut impliquer un changement radical dans sa vie (aller vivre à l’étranger, changer de carrière, se marier, avoir des enfants) ou un engagement spirituel moins visible, dans son évolution dans l’étude de la Thora ou dans le respect des mitsvot. Peu importe la forme que prend son « voyage », l’individu s’attendra à certains défis, et fera des plans quant à la façon de les surmonter. Or, il rencontrera souvent des difficultés ou des obstacles imprévus qui sembleront aller à l’encontre de son projet. Il pourra alors se sentir frustré de son incapacité à grandir dans la direction prévue. Quelle est la cause de cette contrariété chez la personne qui voit ses efforts d’amélioration ne pas donner les fruits escomptés ? Le fait de penser connaître le moyen idéal d’atteindre son objectif et de croire qu’en suivant une ligne de conduite donnée, elle deviendra meilleure. C’est pourquoi, lorsqu’elle se trouve dans une situation où ses projets s’avèrent irréalisables, elle est mécontente, car son but lui paraît inaccessible. Mais elle commet une erreur en pensant connaître le meilleur moyen de réaliser pleinement son potentiel. Elle devrait plutôt reconnaître qu’Hachem est Seul à connaître les situations qu’elle a besoin d’affronter dans la vie, chaque obstacle étant là pour son élévation. Mon rav, le rav Its’hak Berkovits chlita donne un exemple courant de ce genre d’épreuve : un étudiant en yéchiva ou au collel prévoit de commencer un nouveau « zman » (période d’étude) sans distractions. L’étude de la Thora étant la meilleure façon de se rapprocher d’Hachem et de s’élever, il espère pouvoir consacrer toutes ses forces dans ce domaine. Mais certaines interruptions sont parfois inévitables, comme la nécessité de voyager à l’étranger pour un mariage dans la famille, ou pour des raisons de santé. La personne peut alors être contrariée de ne pas pouvoir grandir comme elle le prévoyait – elle peut considérer ces bouleversements comme regrettables, car ils l’empêchent de se lier à Hachem. Elle fait alors l’erreur de penser connaître le meilleur moyen de s’élever en estimant que ces « troubles agaçants » font obstacle à son élévation. Elle devrait plutôt prendre leçon d’Avraham Avinou et admettre que ces « contrariétés » proviennent d’Hachem et lui présentent précisément le défi dont elle a besoin à cet instant. En adoptant cette attitude, elle pourra ainsi éviter une frustration fâcheuse et se concentrer sur la façon d’affronter cette épreuve avec simha (joie) et bita’hon (confiance en D.) L’épreuve d’Avraham Avinou nous enseigne des leçons fondamentales concernant notre vie de tous les jours. Puissions-nous mériter d’émuler son comportement et sa réaction face aux épreuves.

Thursday, August 29, 2013

Parachat Nitsavim – Choisir la vie plutôt que la mort

« Regarde, J’ai placé devant toi la vie et le bien, la mort et le mal … J’ai placé la mort et la vie devant toi, la bénédiction et la malédiction ; tu choisiras la vie afin que tu vives, toi et ta descendance. » La Thora nous informe qu’Hachem nous a donné la possibilité de choisir entre la vie et le bien d’une part et la mort et le mal de l’autre. C’est en faisant le bon choix que nous pourrons servir Hachem correctement. Cependant, une difficulté apparaît dans le passouk ; la Thora indique deux « paires » de choix : entre le bien et le mal, entre la vie et la mort. Cela implique donc que nous avons l’inclination et la possibilité de pencher pour l’une ou l’autre de ces propositions. Concernant le bien et le mal, cette dichotomie est facilement compréhensible ; l’individu peut fréquemment se trouver devant la tentation d’opter pour ce que la Thora considère « mauvais », parce que parfois, le « mal » semble être ce qui nous procurera bonheur et satisfaction. Ainsi, la Thora nous informe qu’en notre for intérieur, les forces du bien et du mal se livrent bataille de façon constante. En revanche, il est plus difficile de comprendre que le choix entre la vie et la mort soit défini par la Thora comme une décision « difficile », ce qui signifie que l’on aurait une tendance naturelle à choisir la mort plutôt que la vie. Il n’est pourtant pas difficile d’opter pour la vie, l’envie ne nous viendrait certainement pas de lui préférer la mort ! Alors, pourquoi le choix entre ces deux directions est-il censé être si compliqué ? Le rav Noa’h Weinberg zatsal précise que lorsque la Thora parle de la « mort », elle ne fait pas simplement référence à l’absence de vie, mais à ce que cet état représente. Pour le comprendre, il nous faut déterminer le sens de son contraire, la vie. Lorsque la Thora parle de la vie, elle ne fait pas simplement référence au fait de respirer, mais plutôt au processus par lequel on grandit dans sa « avodat Hachem » et sa « avodat hamidot ». Être en « vie » suppose d’embrasser les défis que l’existence présente, en les utilisant pour devenir une personne meilleure. On peut donc opter pour « la mort » en évitant d’affronter les épreuves et en tournant le dos à ces opportunités difficiles par lesquelles on peut s’élever. Ainsi, choisir « la mort », c’est préférer le confort à l’effort, et une vie tranquille à une existence pleine de défis et de progrès… À présent, il nous est plus facile de comprendre en quoi c’est un choix difficile. Notons que le fait d’opter pour la mort n’est pas uniquement un manquement quant à l’accomplissement des mitsvot. Un homme peut respecter la Thora tout en choisissant la « mort » ; s’il ne cherche pas à s’améliorer et à combattre son yétser hara, il favorise l’option la plus commode – en d’autres termes, il choisit la « mort ». Ce qui est effrayant, c’est que l’on peut faire ce choix tout à fait consciemment et vivre toute sa vie en rythme de croisière. Si l’on ne fait pas d’effort pour améliorer sa relation avec Hachem, pour prier avec plus de kavana, pour être un meilleur conjoint ou parent, etc., on opte pour la facilité. À un niveau un peu plus profond, le choix entre le confort et le défi correspond en réalité, à la possibilité de se lier soit au corps, soit à l’âme. Le corps cherche à retourner vers adama, son point de départ ; cela se manifeste par une volonté de s’allonger, se reposer, jouir de divers plaisirs et d’agréments. Pour sa part, l’âme désire retourner vers chamaïm, dont elle est originaire. Cet attrait est représenté par la volonté de progresser et de grandir. Ainsi, chacun est constamment confronté à cette lutte, et tiraillé dans des directions opposées. La Thora, dans la paracha de cette semaine, nous informe que pour réussir dans notre tafkid (le but de notre existence), nous devons choisir la vie. Le jour de Roch Hachana, nous ne sommes pas seulement jugés sur les mitsvot que nous accomplissons, mais également sur notre façon d’être en général ; quelles sont nos chéifot - aspirations -, qu’est-ce qui nous importe, quels sont nos objectifs ? Le choix entre une vie facile (même en observant les mitsvot) et l’exploitation réelle de son potentiel représente un point essentiel dans la avoda d’une personne à Roch Hachana – il montre clairement ce qui est important à ses yeux. Puissions-nous mériter de vivre selon ce que la Thora appelle « “Haïm ».

Tuesday, August 13, 2013

Parachat Ki Tétsé – Exploiter au maximum ses qualités

« Un Ammonite et un Moabite n’entreront pas dans l’assemblée de Hachem. Même après la dixième génération, ils en seront exclus à perpétuité. Parce qu’ils ne vous ont pas offert le pain et l’eau à votre passage, lors de votre sortie d’Égypte, et parce qu’il a employé contre toi Bilam ben Beor, de Pethor, Aram Naaraïm, pour te maudire. » La Thora nous informe que Ammon et Moav sont les seuls peuples qui n’ont pas le droit, et ce, à perpétuité, de s’apparenter au peuple juif et elle nous donne deux raisons pour expliquer cette discipline sévère ; tout d’abord, ils ne se sont pas montrés hospitaliers vis-à-vis du peuple juif dans le désert. De plus, ils ont loué les services de Bilam pour maudire les Bné Israël. Les commentateurs demandent comment la Thora peut mettre en parallèle le manque d’hospitalité et le fait d’avoir fait appel à Bilam pour maudire notre peuple ; la volonté de maudire est certainement une faute bien plus grave que le manque de ‘hessed ! Le Béérot Its’hak explique que la Thora considère le fait de ne pas avoir proposé de pain et d’eau comme un acte atroce de la part d’Amon et de Moav , parce qu’ils avaient hérité d’une tendance naturelle à l’hospitalité de Loth, leur ancêtre. Ce dernier, en dépit de ses défauts, est présenté comme une personne très accueillante, compte tenu de ses efforts pour accomplir la mitsva d’akhnassat orkhim à Sodome. Il était prêt à se mettre en danger de mort pour subvenir aux besoins des voyageurs. En tant que descendants de Loth, Ammon et Moav avaient hérité de cette même mida, mais ils agirent délibérément contre leur nature et refusèrent de donner du pain et de l’eau au peuple juif qui voyageait dans le désert et avait sûrement besoin de ces denrées de base. De manière objective, le fait de louer les services de Bilam pour maudire les Juifs est un acte plus grave. Mais compte tenu de leur niveau de be’hira, leur refus d’aider les Juifs fut traité avec autant de rigueur et les exposa à cette sanction particulièrement stricte. Nous pouvons tirer plusieurs leçons de cet épisode. Tout d’abord, nous apprenons qu’une personne est jugée d’après sa propre nékoudat habe’hira (le niveau où se situe son libre arbitre) et que son comportement est évalué avec plus de sévérité dans les domaines où il excelle. Ainsi, exploiter ses points forts doit être une partie essentielle du travail sur soi. Dans cet ordre d’idées, l’exemple d’Ammon et de Moav est particulièrement éloquent ; en effet, pourquoi est-ce précisément à ce propos qu’ils trébuchèrent, alors qu’ils y excellaient de façon naturelle ? En réalité, leur bonne mida de hakhnassat orkhim ne provenait pas d’un travail sur soi. C’était une qualité innée qu’ils avaient héritée de leur ancêtre. Étant donné que leur akhnassat orkhim n’était pas dirigée par les lignes de conduite de la Thora, il était presque inévitable qu’elle soit mal employée ou parfois pas employée du tout. Quand Ammon et Moav virent le peuple juif arriver, leur nature aurait certainement pu les pousser à leur proposer du pain et de l’eau, or leur haine et leur crainte du Klal Israël prirent le dessus sur leur mida de ‘hessed et les empêchèrent de fournir cette aide vitale. Nous en déduisons qu’une personne qui ne travaille pas sur ses qualités et ne les canalise pas selon les exigences de la Thora, en viendra à mal les utiliser, ou à ne pas les exploiter de manière optimale. Par exemple, une personne peut être sociable de nature, et refuser néanmoins de se lier d’amitié avec quelqu’un quand elle est fatiguée. Dans ce cas, sa mida innée n’est pas assez forte pour la mener vers la bonne voie, parce qu’autre chose, en l’occurrence la fatigue, fait obstacle et rend son altruisme difficile. En revanche, si elle lutte pour être gentille parce que c’est une grande mitsva de montrer aux gens qu’ils sont importants, alors elle sera bien plus capable de surmonter sa fatigue et de faire les efforts nécessaires pour aborder l’autre. On peut aussi apprendre de cet épisode qu’Ammon et Moav auraient pu atteindre de très hauts niveaux s’ils avaient utilisé leur mida de ‘hessed de façon optimale ; en effet, s’ils étaient sortis et avaient offert au peuple juif du pain et de l’eau, la Thora aurait très probablement pris en compte cet acte de générosité pour l’éternité et ils auraient, bien entendu, eu le droit de s’allier au peuple juif . Mais, parce qu’ils n’employèrent pas leur force correctement, ils sont considérés avec le plus grand mépris. Nous en concluons qu’une personne peut accomplir de grandes choses en exploitant au mieux ses points forts et que le fait de s’en abstenir est sévèrement puni. Le ‘Hafets ‘Haïm zatsal insiste sur ce sujet dans son séfer, ‘Homat HaDath, qui est une exhortation visant à protéger le Klal Israël des diverses influences laïques qui l’entourent. Il décrit longuement le besoin que chacun a d’utiliser pleinement son potentiel – par exemple, quelqu’un qui est doté d’une aisance à parler en public doit s’en servir pour discourir publiquement. Le même principe s’applique aux midot ; il est très probable que le tafkid d’une personne (son but dans la vie) exige l’utilisation maximale de ses bonnes midot. Nous apprenons donc de Ammon et Moav ce que signifie NE PAS utiliser ses qualités – puissions-nous user de cet enseignement et profiter pleinement des bienfaits qu’Hachem nous prodigue.

Wednesday, July 17, 2013

Parachat Vaét’hanan – Les deux Lou’hot

Les dix commandements [énoncés dans la Parachat Yitro] sont répétés dans la Parachat Vaét’hanan, avec quelques petites modifications. Le Mabit fait une observation intéressante concernant les deux Lou’hot sur lesquelles sont gravés les Commandements. ‘Hazal expliquent que chaque Loua’h est axé sur une catégorie différente de mitsvot : le premier Loua’h contient les Mitsvot relatives au ben adam laMakom (entre l’homme et D.), comme croire en D. ou respecter le Chabbat. Le deuxième Loua’h comporte les Mitsvot ayant trait au ben adam la’havéro (entre un homme et son prochain), telles que l’interdit de tuer, ou lo ta’hmod (l’interdiction de convoiter). Le Mabit note qu’il y a bien plus de mots dans le premier Loua’h que dans le second . On peut en déduire que l’espace consacré à chaque mot dans le premier Loua’h était moindre. Les mots du premier Loua’h étaient donc forcément écrits en caractères plus petits que ceux de l’autre Loua’h. Telle était la volonté de Hachem, poursuit le Mabit ; le côté portant sur les Mitsvot ben adam la’havéro devait être plus visible que celui centré sur le ben adam laMakom. Le Mabit en explique la raison : le yétser hara est plus actif quand il s’agit de ben adam la’havéro. Hachem voulait que les gens se concentrent plus sur les mitsvot relatives à autrui, car le fait de surmonter le yétser hara dans ce domaine demande un effort supplémentaire . Il semblerait que la guemara dans Baba Batra vienne appuyer l’analyse du Mabit . La guemara parle des diverses fautes que les gens transgressent. Elle nous dit qu’une minorité de personnes déroge à l’interdiction des arayot (relations interdites), une majorité enfreint l’interdit de guézel , et personne ne respecte les lois de avak lachon hara . Les relations interdites tombent généralement dans la catégorie de ben adam laMakom , tandis que le vol et le lachon hara entrent vraiment dans le domaine de ben adam la’havéro. Ainsi, la guemara nous fait savoir que les gens ont plus tendance à enfreindre des mitsvot liées au ben adam la’havéro. L’histoire suivante illustre bien ce point : on demanda à rav ‘Haïm Soloveitchik zatsal de vérifier la cacherout d’un animal. Il le jugea non-cacher, ce qui entraîna une perte importante au boucher concerné. Ce dernier accepta la décision sereinement. Quelques mois plus tard, le même boucher fut impliqué dans une affaire d’argent avec une autre personne, au sujet d’une somme bien moindre. Rav ‘Haïm trancha en sa défaveur. Cette fois, en revanche, le boucher s’énerva et s’en prit à rav ‘Haïm pour sa décision. Rav Sim’ha Zelig Reeger zatsal demanda à rav ‘Haïm pourquoi le boucher était resté calme quand il avait perdu une somme plus importante, alors qu’il s’était tellement emporté concernant une somme bien plus petite. Rav ‘Haïm expliqua que la deuxième fois, il avait « perdu » contre quelqu’un – c’est le fait qu’une autre personne ait « eu gain de cause » qui l’énerva autant. La question demeure ; pour quelle raison (ou quelles raisons) les gens ont-ils plus tendance à trébucher dans le domaine du ben adam la’havéro ? Nous pouvons suggérer la réponse suivante : le Gaon de Vilna zatsal écrit que les mitsvot comme les avérot découlent des différents traits de caractère de l’homme . Il est possible qu’une personne qui a un mauvais trait de caractère respecte tout de même plusieurs mitsvot. Par exemple, quelqu’un qui a un tempérament coléreux ne sera pas nécessairement gêné par ce défaut quant à son respect du Chabbat, de la cacherout, et de bien d’autres mitsvot relatives au ben adam laMakom. Par contre, cela peut porter atteinte à son ben adam la’havéro. Chaque fois qu’il lèvera la voix de manière inappropriée, il transgressera très probablement l’interdit de onaat devarim (paroles blessantes) et s’il crie sur quelqu’un devant de tierces personnes, il enfreindra la très grave faute d’humilier l’autre en public. Aussi, une personne qui a un ayin raa (qui se focalise sur l’aspect négatif des autres) sera tout à fait capable de prier trois fois par jour et d’étudier la Thora, mais il trébuchera très probablement dans le lachon hara ou dans le fait de juger son prochain favorablement. Évidemment, certaines midot rendront difficile l’observance de mitsvot ben adam laMakom, comme la paresse. Mais il est important de noter que de tels traits de caractère nuiront grandement au respect des mitsvot ben adam la’havéro. Par exemple, une personne paresseuse ne voudra pas aider son conjoint à effectuer des tâches domestiques, ce qui risque de porter préjudice à leur relation. La taava (le désir) aussi peut être la source de grandes failles dans le ben adam la’havéro. Par exemple, quelqu’un de très attaché à la nourriture réagira certainement de la plus mauvaise façon envers son conjoint si on lui sert un plat qu’il n’apprécie pas, commettant ainsi une transgression de onaat devarim. La leçon évidente à tirer du Mabit est qu’il faut s’investir particulièrement dans le ben adam la’havéro . Aussi, en vertu de l’explication du Gaon selon laquelle les mauvaises midot sont l’origine des défaillances dans ce domaine, il est primordial de travailler sur les traits de caractère tels que la colère, la jalousie et le ayin raa. En effet, le Maarcha note que lorsque la guemara affirme que tout le monde trébuche dans le avak lachon hara, cela ne fait référence qu’aux personnes qui ne font aucun effort pour progresser dans ce domaine . Mais si quelqu’un s’efforce de parfaire son langage en étudiant les lois liées à la médisance et en travaillant son caractère, il n’est nullement voué à dire du avak lachon hara. Ceci s’applique à toutes les mitsvot ben adam la’havéro ; si l’on œuvre de façon active et constante pour s’améliorer, alors on pourra résister aux tentatives du yétser hara.

Monday, July 8, 2013

Ticha BéAv – Redéfinir la Sinat ‘Hinam (Francais, French)

Ticha BéAv approchant, il convient de chercher comment s’améliorer, afin de s’assurer que cette année sera la dernière sans Beth HaMikdach. La célèbre Guemara dans Guitin concernant Kamtsa et Bar Kamtsa est très riche en enseignements sur la cause de la destruction du Beth HaMikdach et sur ce que nous devons rectifier pour qu’il soit reconstruit. La Guemara nous apprend que Yérouchalaïm fut détruite à cause de Kamtsa et Bar Kamtsa. Un homme dont le nom n’est pas divulgué était l’ennemi juré de Bar Kamtsa, mais un ami de Kamtsa. Il envoya son domestique inviter Kamtsa à un festin, mais le messager invita par erreur Bar Kamtsa. Lorsque Bar Kamtsa arriva, l’hôte, furieux, voulut qu’il s’en aille. Mal à l’aise, il proposa de payer sa part et d’avoir le droit de rester. Quand cette proposition lui fut rejetée, il fut prêt à payer la moitié du coût total du banquet, pour peu qu’on ne le mette pas à la porte, mais cela aussi lui fut refusé. Plusieurs rabbins présents restèrent silencieux durant cet incident désagréable. Indigné de cette passivité, Bar Kamtsa entreprit de médire du peuple juif devant les autorités romaines, ce qui donna lieu à de malheureux événements et pour conclure, à la destruction. Le Iyoun Yaacov zt’’l demande pourquoi Kamtsa est jugé coupable d’une partie de ces événements, alors qu’il n’a rien fait dans cette histoire . Le Ben Ich ‘Haï zt’’l propose la réponse suivante : Kamtsa était en réalité présent au festin et vit comment Bar Kamtsa fut traité. Il aurait pu éviter tout ceci en expliquant le malentendu des invitations. Il existe un principe selon lequel si quelqu’un peut protester contre un méfait, mais ne le fait pas, il est tenu pour responsable de cet acte. Le Ben Ich ‘Haï poursuit en disant que cette réponse est encore plus fascinante selon le Maarcha , qui écrit que Bar Kamtsa était le fils de Kamtsa. S’il en est ainsi, Kamtsa était certainement au courant de la mésentente entre son fils et son ami, mais n’a tout de même rien fait pour les réconcilier. À cause de cette passivité, Kamtsa est en partie coupable de la destruction du temple. D’autre part, les rabbins semblent aussi être partiellement fautifs dans ces incidents, car ils ne firent rien pour éviter l’humiliation de Bar Kamtsa. L’inaction et l’insensibilité sont donc au centre de cette histoire et furent la cause des terribles conséquences que l’on sait. Si l’une de ces personnes présentes s’était efforcée d’éviter les injustices, le Beth HaMikdach n’aurait peut-être pas été détruit. Leur indifférence devant la tragédie qui se déroulait à leurs yeux traduisait leur passivité. Le fait que l’insensibilité fut à l’origine de la destruction du Beth HaMikdach semble quelque peu contredire la Guemara dans Yoma, qui affirme que la Sinat ‘Hinam (la haine gratuite) fut la cause ultime de la destruction . En réalité, une analyse plus profonde nous indique que la sinat ‘hinam ne désigne pas seulement une haine active, profonde, mais elle inclut également l’insensibilité. Nous apprenons cela de l’une des premières fois où la racine du mot Sina (haine) apparaît dans la Thora : dans la Parachat Vayétsé, après le mariage de Yaacov avec Ra’hel et Léa, la Thora nous dit : « Hachem vit que Léa était "senoua" (littéralement "haïe")» . Les commentateurs estiment qu’il est difficile de comprendre que Yaacov haïssait réellement Léa. Le Ramban explique qu’en réalité, quand un homme est marié à deux femmes, celle qu’il aime le moins s’appelle senoua – il ne la déteste pas, mais il l’aime moins que sa favorite. Ainsi, affirme le Ramban, Yaacov ne haïssait pas Léa ; c’est plutôt que son amour pour elle était moindre. Nous en déduisons que le mot Sina ne signifie pas forcément une haine active et viscérale, mais il peut indiquer un manque d’amour et d’attention. Donc, la sinat ‘hinam dont il est question dans la guemara de Yoma n’était pas nécessairement une haine virulente ; elle peut aussi avoir été une insensibilité et un manque de préoccupation à l’égard d’autrui. Dans le même ordre d’idées, Rav Yehonathan Eibeshitz zt’’l, écrit que la sinat ‘hinam décrite dans la Guemara ne se réfère pas à une haine active, mais à un désintéressement devant le fait que les autres ne tombent dans l’hérésie. Il note que de nombreuses sectes hérétiques se sont développées à cette période , et ce, parce que les gens ne voulaient pas émettre de réprimandes. Il s’exclame : « Existe-t-il quelqu’un de plus haineux que celui qui voit son ami se noyer dans une rivière [de fautes] et qui ne réagit pas ?!» Sur la base de cette définition de la sina, il est clair qu’il n’y a pas de contradiction entre l’histoire de Kamtsa et Bar Kamtsa et la Guemara dans Yoma. La sinat ‘hinam dont on parle dans Yoma n’implique pas seulement la haine active et farouche , mais inclut également l’insensibilité vis-à-vis de la souffrance d’autrui et le refus de l’aider à s’élever spirituellement. Le fait que le Beth HaMikdach ne soit toujours pas reconstruit montre que ces failles sont encore très courantes de nos jours et qu’elles touchent de nombreux domaines de nos vies, comme partager la souffrance de l’autre, tenter d’aider les personnes moins chanceuses que nous, rapprocher ceux qui sont éloignés de la Thora. Nous vivons une période propice à l’amélioration de nos performances dans ces domaines et à l’amélioration de notre comportement d’une quelconque façon. Que Tiché BéAv soit le dernier jeûne et le dernier deuil que nous ayons eu à subir

Thursday, July 4, 2013

Parachat Mattot – Accepter la réprimande

Quand le Sfat Emeth était enfant, il était gardé par son grand-père, l’illustre ‘Hidouché Harim. Une fois, le Sfat Emeth resta réveillé une grande partie de la nuit pour étudier la Thora, et ne s’endormit qu’au petit matin. En se réveillant, peu de temps après, il réalisa qu’il avait quelques minutes de retard pour le chiour que le ‘Hidouché Harim donnait. Ce dernier, en voyant son petit-fils arriver en retard, le réprimanda sévèrement, ignorant qu’il était resté réveillé toute la nuit et supposant que ce retard était le fruit de la paresse. Au lieu de se défendre, le Sfat Emeth écouta silencieusement le reproche et l’accepta. Son ami lui demanda ensuite pourquoi il n’avait pas répondu à la critique du ‘Hidouché Harim, s’épargnant ainsi le dur reproche . Le Sfat Emeth répondit : « Devrais-je perdre une occasion d’être réprimandé par mon grand-père ?! » Il appuyait son raisonnement sur les faits racontés dans la Parachat Mattot . Les Bné Gad et Réouven abordèrent Moché Rabbénou et lui demandèrent la permission de rester sur la rive-est du Jourdain (Ever HaYarden), un vaste territoire pour élever leurs animaux. Moché répondit par une sévère réprimande – sa critique était principalement basée sur le fait qu’en n’entrant pas en Erets Israël, ils délaisseraient leurs frères lors de leur conquête de la Terre. Moché leur rappela longuement l’épisode des explorateurs et ses terribles conséquences. En réponse à la critique de Moché, les Bné Gad et Réouven dirent qu’ils se joindraient au reste du peuple pour conquérir la terre. Le Sfat Emeth fit remarquer qu’en réalité, au départ déjà, ils avaient l’intention de participer à la conquête, mais Moché Rabbénou n’avait pas compris cela de leur demande. Il les réprimanda, par conséquent, pour n’avoir pas voulu se joindre à leurs frères pour conquérir la terre. S’il en est ainsi, pourquoi ne l’ont-ils pas interrompu dès le début de son accusation au lieu de devoir subir une réprimande si forte ? Le Sfat Emeth explique qu’ils voulaient écouter le reproche d’un grand homme, et étaient heureux d’entendre ses remontrances, bien qu’ils aient facilement pu les repousser plus tôt. Le Sfat Emeth aussi, aurait pu stopper le blâme de son grand-père en justifiant son retard, mais il préféra écouter la réprimande du tsadik . Pourquoi l’admonestation d’un grand homme revêt-elle tant d’importance, au point que les Bné Gad et Réouven aient accepté de subir une remarque aussi cinglante ? La Guemara dans Taanit affirme que les malédictions faites par le prophète A’hiya HaChiloni au peuple juif sont plus fortes que les bénédictions énoncées par Bilam . La Guemara étaye cette idée sur un passouk de Michlé : « Les blessures faites par un ami sont justes et bénéfiques, et les baisers d’un ennemi sont comme un fardeau ». Les commentateurs expliquent que les « blessures » causées par un ami font ici référence à la remontrance. Le reproche de quelqu’un qui se soucie sincèrement de son ami est totalement bénéfique, car il a pour but, l’amélioration de celui-ci. Il s’agit donc d’un acte bienveillant, aidant la personne à s’élever spirituellement. Lorsque les Bné Gad et Réouven entendirent Moché Rabbénou les réprimander, ils savaient qu’il agissait avec les motivations les plus pures et ne recherchait que leur intérêt. Ainsi, bien qu’aptes à se défendre, ils préféraient écouter ses paroles et tenter de s’élever à travers elles. Jusqu’à présent, nous avons vu à quel point la critique d’un tsadik est profitable. Mais il semble que même la tokha’ha d’une personne moins vertueuse soit considérablement bénéfique. De plus, même une critique faite de façon erronée peut grandement aider une personne. Le Séfer Ha’Hinoukh écrit que l’interdiction de se venger est basée sur l’idée que tout ce qui nous arrive est envoyé par Hachem. Même si quelqu’un agit envers son prochain de manière négative, il est inutile de garder rancune ou de se venger, car ce tort n’aurait pu être engendré si Hachem ne l‘avait pas désiré . Ainsi, lorsqu’une personne est réprimandée d’une façon qui lui paraît offensante, il lui est très fortement conseillé d’ignorer les sentiments de la personne qui émet la critique, et de se concentrer sur les paroles prononcées, et d’accepter la remarque. Il y a souvent une part de vérité dans la réprimande, ce qui prouve que cette dernière est envoyée par Hachem comme un moyen de nous faire comprendre qu’il nous faut améliorer notre comportement. Chelomo HaMelekh exprime une idée semblable dans Michlé : « Écoute le conseil et accepte la réprimande, afin que tu deviennes sage à la fin de tes jours ». Notons que concernant le conseil, on nous demande d’« écouter », tandis que la réprimande, nous sommes tenus de l’« accepter ». Le fait d’écouter implique une observation et une réflexion — quand quelqu’un reçoit un conseil, il doit le peser avant de le mettre en application. Néanmoins, lorsque l’on reçoit un reproche, il faut l’accepter sans analyser le bien-fondé de la remarque – on doit plutôt considérer cela comme un message de Hachem pour s’améliorer et agir convenablement. Rav Moché Feinstein zt’’l parvenait à réagir très positivement devant une critique incorrecte. Une fois, il répondit au téléphone pour n’entendre qu’un déluge de critiques d’une personne outrée par l’une de ses décisions halakhiques. Il écouta patiemment la tirade jusqu’à la fin, sans même tenter de se défendre. Un disciple choqué lui demanda pourquoi il n’avait rien répondu à une réprobation aussi incorrecte. Il répondit qu’ayant très rarement entendu de reproches, il était reconnaissant de l’opportunité qu’il avait eu d’entendre de si dures paroles – et bien qu’à ce sujet, la réprimande était injustifiée, il devait bien y avoir un autre domaine dans lequel il pouvait s’améliorer, et il convenait donc d’utiliser ce moment de remise en cause pour se parfaire dans ce domaine ! Une autre fois, on reprocha à rav Moché d’avoir transgressé un interdit inexistant. Il répondit à la critique dans une techouva publiée dans le livre Igrot Moché . Il introduit sa réponse ainsi : « Je suis heureux que maalat kevodo (son honneur) ait été si zélé dans l’accomplissement de la mitsva de réprimander son prochain, selon sa compréhension de la situation, et je ne me sens nullement offensé, D. préserve. Bli néder, je ne me déplacerai pas en voiture au moment de l’allumage des bougies , bien qu’il n’y ait aucun interdit à le faire, et qu’il n’y ait même pas de problème de mar’it ayin . » Après avoir complètement réfuté les arguments de la personne qui avait adressé la remontrance, il conclut : « De la part de votre ami qui vous bénit grâce au mérite de la mitsva de faire une réprimande, accomplie pour l’honneur de Hachem Itbarakh et pour l’honneur de Chabbat kodech. » Nous comprenons bien que les gens, en général, ne sont pas au niveau de rav Moché Feinstein et n’aiment pas être critiqués – il n’est pas agréable d’entendre que l’on a un défaut ou que l’on a agi de façon incorrecte. Cependant, si une personne peut écarter les sentiments de douleur qu’elle ressent et tenter d’apprendre de la réprimande, elle pourra transformer cette critique en un outil extraordinaire d’élévation et l’utiliser pour être un meilleur éved Hachem.

Wednesday, June 26, 2013

Parachat Pin’has – Chimon et Lévi

L’ilui nishmas Adel Bas Mottle La paracha commence par la récompense accordée par Hachem à Pin’has pour le zèle dont il a fait preuve en tuant Zimri et Kozbi, qui avaient commis une grave faute. Pin’has était un descendant de Lévi tandis que Zimri appartenait à la tribu de Chimon. Ce n’est pas la première fois, dans la Thora, que ces deux tribus sont associées — Rav Yaakov Kamenetsky expose brillamment l’histoire de ces deux tribus et leur évolution très différente. Dans Vayichla’h, on nous raconte que Chekhem kidnappa Dina. Tous les frères se mirent d’accord pour la récupérer – ils projetèrent de persuader les habitants de Chekhem de pratiquer la circoncision, afin de venir délivrer Dina, pendant leur rétablissement. Néanmoins, Chimon et Lévi envisageaient une solution plus radicale ; ils étaient d’avis que tous les habitants de Chekhem étaient coupables de l’enlèvement de Dina et voulurent anéantir toute la ville en sauvant leur sœur. Jacob s’opposa fermement à cette idée, craignant que cela ne mette en péril la réputation de sa famille. Chimon et Lévi soutinrent leur action, affirmant : « Notre sœur doit-elle être traitée comme une prostituée ?! » Ce n’est qu’après plusieurs années que Jacob adressa sa réprimande finale aux deux frères. Dans Vayé’hi, alors qu’il bénissait ses fils, il critiqua Chimon et Lévi pour leur attitude impulsive. De plus, il les punit, en disant : « Je les séparerai dans Yaakov et les disperserai parmi Israël ». Cette punition a, à priori, comme but de séparer les deux frères afin d’éviter d’autres actes de violence de leur part. Cependant, Rav Kamenetsky remarque que Rachi fournit une autre explication – Chimon et Lévi deviendront des sofrim (personnes qui écrivent des rouleaux de Thora, des tefilin et des mezouzot) et des enseignants de Thora pour les enfants ; ils voyageront d’une ville à l’autre pour réparer les objets saints et pour transmettre la Thora au peuple juif . Pourquoi l’éducation juive de notre peuple fut-elle délibérément placée entre les mains de Chimon et Lévi ; en quoi est-ce une réponse « mesure pour mesure » à ce qu’ils firent subir aux habitants de Chekhem ? Il répond que Jacob remarqua qu’ils possédaient une qualité que les autres frères n’avaient pas. Il comprit quelle était leur motivation en tuant Chekhem – ils étaient prêts à risquer leurs propres vies pour défendre l’honneur de leur sœur. Les autres frères aussi constatèrent la situation terrible dans laquelle se trouvait Dina, mais seuls Chimon et Lévi ressentirent sa douleur comme si c’était la leur. Rav Kamenetsky écrit : « Yaakov vit que leurs actes provenaient d’une souffrance profonde et d’une compassion sincère pour la douleur d’autrui, et c’est ce qui les mena à un zèle ardent et sans limites… Seules de telles personnes, qui ressentent la souffrance de leur prochain, comme si elle leur est propre – feront preuve d’un dévouement assez grand et délaisseront leurs biens, afin d’errer de ville en ville, pour répandre la Thora de D. dans le monde et pour l’enseigner aux enfants d’Israël. » Bien que, dans l’épisode de Chekhem, Chimon et Lévi aient mal canalisé leur ardeur, Jacob vit en ce trait de caractère un potentiel qui pourrait être utilisé dans un but très positif, celui de répandre la Thora parmi le peuple juif. Or, dans la paracha de cette semaine, nous voyons à quel point les descendants de ces deux fils de Jacob, prirent deux voies très différentes : Pin’has, membre de la tribu de Lévi fut capable de focaliser son zèle en accomplissant la volonté de D. – son acte de violence mit fin à un fléau qui tua des milliers de personnes. D. le récompensa largement pour montrer qu’Il approuvait son acte qui était motivé uniquement par l’honneur du Ciel. Cependant, Zimri, prince de la tribu de Chimon, exprima le zèle de son ancêtre de façon prohibée, brisant les interdits que la Thora avait placés. Pourquoi ces deux tribus divergèrent-elles si radicalement l’une de l’autre ? Rav Kamenetsky explique que tandis que la plus grande partie du Klal Israël était esclave en Égypte, la tribu de Lévi était libre d’étudier la Thora. C’est cette période d’intériorisation des valeurs de la Thora qui permit aux Lévites de canaliser leur zèle de façon correcte. Les membres de la tribu de Chimon pour leur part, n’eurent pas l’opportunité d’étudier ainsi la Thora. Par conséquent, leur zèle ne fut pas aiguillé et s’exprima par des comportements interdits. Nous pouvons tirer une très grande leçon de l’explication de Rav Kamenetsky concernant la manière dont le zèle doit s’exprimer. Un zèle véritable doit mener une personne à un sentiment de douleur profonde lorsque quelqu’un agit de façon détestable. Le Alter de Kelm zt’’l, grande personnalité dans le monde de la Thora, manifesta une pareille sensibilité tout au long de sa vie : un jour, un autre Rav et lui-même virent un Juif prendre du foin dans le chariot d’un non-juif. Le Alter s’en désola, et fit triste mine toute la journée. Le soir, l’autre Rav lui demanda ce qui n’allait pas. Le Alter parut surpris de sa question : « Comment peut-on rester paisible, alors que tant de fautes sont commises dans le monde ? » Outre le sentiment de douleur devant une telle attitude, il faut tenter de rectifier le problème convenablement. Les éminents dirigeants du peuple juif ne se suffirent pas d’exprimer leur douleur devant des défaillances, mais ils firent tout ce qui leur semblait nécessaire pour améliorer la situation - puissions -nous tous mériter d’apprendre d’eux et d’aider à résoudre les nombreux problèmes que rencontre le peuple juif en ce moment, tant concernant l’assimilation massive et la pauvreté, que la façon dont la communauté orthodoxe est traitée en Erets Israël.